Cycle de la violence psychologique : comprendre un mécanisme répétitif

Phases de tension, d’agression, de justification et de lune de miel

La violence psychologique ne se limite pas à un geste, une dispute ou une crise isolée.
Elle suit un cycle répétitif, documenté dès 1979 par la psychologue américaine Lenore E. Walker dans The Battered Woman (Harper & Row, 1979).
Ce modèle est aujourd’hui encore utilisé par les psychologues, les organismes publics et les associations d’aide aux victimes.

Comprendre ce cycle permet d’identifier une relation toxique, de sortir de la culpabilité et de reprendre du contrôle psychologique.


 

1. La phase de tension

La relation devient progressivement instable.
Rien n’est clairement dit, mais tout se charge de tension.

Signes fréquents

  • critiques répétées, remarques blessantes, sarcasmes,

  • jalousie injustifiée, reproches voilés,

  • silences hostiles, retrait affectif,

  • irritabilité de l’auteur, anxiété chez la victime,

  • vigilance permanente : la victime “marche sur des œufs”.

Impact psychologique

Cette phase crée une hypervigilance.
La victime tente d’éviter le conflit, se suradapte et minimise ses besoins pour ne pas déclencher l’agression.

Source :
Lenore E. Walker, The Battered Woman, Harper & Row, 1979.


2. La phase d’agression

La tension explose.
L’agression peut être verbale, psychologique, numérique, économique ou symbolique — pas forcément physique.

Formes d’agression

  • insultes, humiliations, menaces,

  • manipulation, gaslighting, chantage affectif,

  • pressions économiques, contrôle des ressources,

  • contrôle numérique (messages, réseaux, géolocalisation),

  • dénigrement, disqualification, intimidation.

Conséquence

La personne agressée subit un choc émotionnel : peur, confusion, sidération.
L’auteur renforce sa position de domination.

Sources :
U.S. Department of Justice, Office on Violence Against Women, 2016.
https://www.justice.gov/ovw


3. La justification, la minimisation et l’inversion des responsabilités

Après l’agression, l’auteur cherche à réduire sa responsabilité ou à accuser l’autre.

Exemples typiques

  • “Tu m’as poussé à bout.”

  • “Tu exagères complètement.”

  • “Si tu m’avais écouté, ça ne serait pas arrivé.”

  • “Je suis stressé, j’ai mal réagi.”

Ce que cela provoque

  • confusion mentale,

  • culpabilité installée,

  • doute de soi,

  • difficulté à interpréter la réalité.

Ce phénomène est décrit en psychologie comme la distorsion cognitive sous emprise.

Sources :
Evan Stark, Coercive Control, Oxford University Press, 2007.
American Psychological Association (APA), publications sur le gaslighting (2017).
https://www.apa.org


4. La phase de “lune de miel”

La violence laisse place à une période de réconciliation.

Comportements caractéristiques

  • excuses, promesses, déclarations affectives,

  • attentions, douceur, cadeaux,

  • discours de changement : “Je vais me soigner”, “Ça ne se reproduira plus”.

Rôle psychologique de cette phase

Cette phase maintient la dépendance émotionnelle.
Elle redonne espoir, apaise temporairement la peur et repousse l’idée de partir.

Mais en l’absence d’un changement réel et durable,
➡️ le cycle recommence, souvent plus intensément.

Source :
Lenore E. Walker, The Battered Woman, 1979.


Pourquoi ce cycle se répète

Les recherches montrent que le cycle perdure car :

  • l’auteur ne remet pas en question ses mécanismes de domination,

  • la victime perd en confiance, en perception et en autonomie,

  • la “lune de miel” entretient l’espoir que la relation redevienne saine,

  • la violence émotionnelle crée une dépendance psychologique, comparable à un conditionnement.

Source :
World Health Organization (OMS), Violence and Health Report, 2021.
https://www.who.int/publications/i/item/9789241564625


Cette dynamique touche tous les genres

Contrairement aux idées reçues :

  • un homme peut être victime,

  • une femme peut être auteure,

  • ce cycle existe dans les couples hétérosexuels ou homosexuels,

  • il peut se produire dans la famille, l’amitié, le travail, un groupe ou une institution.

Il s’agit d’un rapport de domination, pas d’un problème “de genre”.


Reconnaître le cycle pour s’en libérer

 

Identifier ces quatre phases permet de :

  • comprendre que la violence n’est pas un accident,

  • repérer la répétition du schéma,

  • sortir de la culpabilité,

  • demander de l’aide plus facilement,

  • prendre des décisions éclairées.

Comprendre le cycle, c’est reprendre une part de contrôle sur ce que l’on vit.